Politique
Affaire Katinan : le PPA-CI se remet sous pression
Pour son audition qui a démarré le mercredi 9 septembre au matin, à la Préfecture de police, plusieurs dizaines de militants du PPA-CI, tenus loin de l'enceinte, ont dû attendre jusque tard dans la nuit, et en vain d'ailleurs, pour marquer leur soutien à M. Koné Katinan.
Sévérine Blé | 11 septembre 2026 | Pages 2-3
Le quatrième vice-président du Parti des peuples africains chargé de la politique générale, Koné Katinan, n'est toujours pas sorti de l'auberge. Sa situation s'est même empirée puisqu'il sera déféré devant un juge vendredi à l'issue d'une audition qui avait débuté le mercredi 9 septembre et s'est poursuivie hier jeudi 10 septembre, avant que le quatrième vice-président du PPA-CI ne soit, dans l'après-midi, officiellement déclaré en garde à vue.
Selon des sources proches de son parti, le Parti des peuples africains, resté en éveil pour suivre chaque étape de ce marathon procédural, a dénoncé un tournant inquiétant et un traquenard judiciaire.
Cela dit, ce scénario éreintant et psychologiquement insupportable pour le concerné était amplement évitable tant les déclarations visées sont lunaires. Lors de la 52e tribune de son parti, qu'il a animée pour parler de l'actualité et singulièrement de l'orpaillage illégal, Koné Katinan, qui retrouvait un espace qu'il a longtemps monopolisé, s'est montré un peu trop enthousiaste.
Il accuse alors tour à tour le RHDP d'être responsable de la contamination des cours d'eau en tirant profit de l'orpaillage clandestin. Le parti présidentiel est également accusé de faire du blanchiment d'argent et, enfin, d'avoir réussi à faire baisser le coût de la drogue pour la rendre accessible…
Des propos graves
Un homme politique ne peut pas dire de telles choses, qui sont non seulement graves mais dont la preuve relève d'une illusion. Car même si baisse du coût de la drogue il y a eu, une telle information ne serait jamais susceptible d'être rapportée. Malheureusement, le quatrième vice-président du PPA-CI, mû par sa réputation de celui qui dit ce qu'il pense, a finalement dépassé les bornes.
Bien sûr, son parti va dénoncer le non-respect du principe de la liberté d'expression et même un harcèlement politique contre le Parti des peuples africains. Mais une fois cela dit, nul ne pourra ignorer la gravité des propos de M. Katinan, que l'on aime le RHDP ou pas.
Or un homme politique ne devrait parler que des choses qu'il peut prouver et veiller à ce que sa liberté d'expression ne porte atteinte à l'ordre public que dans les limites de ce qui peut être toléré. En présentant le RHDP comme un parti qui vit du blanchiment, de la drogue et du trafic d'or clandestin, Justin Koné Katinan, ancien ministre du Budget, s'est montré par ailleurs sous les jours d'un insulteur public. Qui plus est sans preuve, parce que lors de cette tribune, il n'a lu aucun document ni rapport établissant ses « révélations ».
Violence verbale
Bien sûr, cette violence verbale n'est pas sans lien avec les frustrations d'une partie de l'opposition dont les candidats n'ont pas été retenus par le Conseil constitutionnel. D'autant plus que ces tensions n'ont pas empêché la réélection du président Alassane Ouattara, qui va bientôt entrer dans la seconde année de son quatrième mandat. Alors, pour l'opposition, seule une révolte populaire pourrait écourter sa présidence. Du coup, chaque occasion est bonne.
En juillet dernier, le déguerpissement a, de ce point de vue, servi de fonds de commerce à une violente campagne contre le pouvoir en place. Puis est arrivée la rumeur du décès du chef de l'État, qui n'est pas totalement éteinte puisque des cyberactivistes installés en France la relaient régulièrement lorsque le président de la République n'apparaît pas en public. Enfin, il y a l'orpaillage clandestin que le gouvernement a lui-même porté au grand jour en annonçant une répression sans précédent.
Bien sûr, ça ne pouvait qu'être du pain bénit pour l'opposition. Mais de là à dire que le parti au pouvoir est l'empoisonneur, il y a un pas que M. Katinan n'aurait jamais dû franchir aussi allègrement.
À lire aussi
L’enquête se resserre autour du député de Gouméré-Tabagne